lundi 2h30 du matin.
Pour moi l’art c’est l’art de se faire plaisir, et de faire plaisir aux autres. C’est mettre en forme les images que l’on se projette et les questionnements de tous les jours. C’est le désir de faire partager des ressentis, d’emmener le spectateur dans des espaces de rêves et de poésies mais aussi de les placer devant leurs propres réalités. Je suis une sorte de rêveur les pieds sur terre. Une sorte de volatile qui bat des ailes les pattes enfouies et engluées dans une terre d’argile. Ici je construis, détruis et reconstruis jusqu’à épuiser la matière, donnant lieu à une sorte de laboratoire de recherches dont les bases sont multiples.
Toute chose est éphémère et vouée à disparaitre, telle est ma conception de la vie. On nait, on vit puis on meurt, d’où l’envie d’évasion quelque fois. On lutte face aux hasards de la vie. Les éléments qui nous entourent dépérissent, se creusent, se trouent et se fissurent. Dans mon installation «Volatile» (2009), je représente par des sortes de spasmes ou de sursauts avant la mort, des ‘volatiles’ qui sont comme des états naissants ou mourants. Cette vision fragile de la vie et des êtres est ici représentée par l’assemblage hasardeux et rudimentaire des objets de récupérations. Derrière cet aspect ludique et rêveur de ces machines ce cache le reflet de la mort lente, du côté tragique de certaines situations et du désir de liberté... Dans une autre installation «micro mobilité» (2009), on retrouve encore l’idée de l’être fragile, qui, de toutes ses forces, tente de s’extirper d’une situation pesante, son énergie étant fournie par une pile, il est voué en quelque sorte à mourir. C’est une sorte de lutte de tous les jours face aux divers événements de la vie.
J’ai ce besoin de toucher la matière, de détourner des objets de récupérations pour les rassembler et donner cet aspect hasardeux qui forme mon travail. J’essaye, en sorte, de leur donner une seconde vie. J’aime sentir le poids du passé sur une pièce métalique, les couleurs qui se forment avec le temps, cet état de décomposition.
La violence sous toutes ses formes me tracasse. Pourquoi représenter ce que l’on deteste ? Haïr une certaine façon d’être et de penser. C’est vouloir en parler pour peut être mieux la combattre. En détruisant de petites formes animées et sensibles je place le spectateur comme voyeur et témoin d’un drame, montrer toute la fragilité des êtres que nous sommes (projet en cours). L’imprévu, l’instant tragique. Ouvrir les yeux face à un monde qui souvent nous dépasse et nous fait réagir.
Tout comme dans mes installations, je retrouve dans le dessin cette part d’imprévu. Le dessin me permet de retranscrire une sorte de captation de la disparition violante d’êtres vivants. Là encore le côté hasardeux des masses créé l’ambiguité. La finesse du trait créée une sorte d’élégance filaire et sensuelle dans l’animal. Cependant, on retrouve à chaque fois au final une forme venant écraser tout le reste. Cet acte brutal vient préciser la nature violente du sujet, soit par la représentation d’une blessure, de grilles ou de formes géométriques. J’essaye ici de représenter la douleur et la fragilité du corps.
L’art est une sorte de manifestation en quelque sorte. Pour moi il se base sur ce que l’on est et ce que l’on voit. Voire c’est ce placer dans un contexte bien précis et actuel, c’est parler des choses simples et complexes qui nous entourent, percevoir la lumière qui dévoile l’inconnu.
La couleur dans mon travail photographique joue un rôle important, ponctuant de part et d’autre des zones de vie dans des univers souvent sombres et froid. Elle nous renvoit à une part de mystère et d’espoir, mais aussi à certaines réalités de la vie (abandon, misère, marques du temps, catastrophes). Dans ces photographies les espaces sont réduits, comme cernés et soulignant l’enfermement («Stalkers», 2009). Tel l’infini dévorant les étoiles, l’oppression est frappante.
Lier travail et plaisir est pour moi primmordiale. Le plaisir des yeux m’importe énormément, même si la question du beau reste très vaste. En général je parle de nous, de ce que nous sommes et ce à quoi nous tentons de parvenir. Pour moi l’art est un moyen d’extérioriser mes pensées, de les forger et d’atteindre une sorte de quête personnelle («parenthèse» voyage en canoë, 2008), de questionner le monde qui m’entoure et notamment de me former les miens. Au final, une part d'espoir est toujours envisageable...
Bastien Simon 3e A